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Famille & Successions / Patrimoine
28 décembre 2018
Nicolas Graftieaux
Famille & Successions / Patrimoine
27 décembre 2018
Nicolas Graftieaux
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Droit Social / Sécurité Sociale / Conflits Collectifs
14 décembre 2018
Arnaud Blanc de La Naulte
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14 décembre 2018
Arnaud Blanc de La Naulte
Famille & Successions / Patrimoine 28 décembre 2018

 

Succession : prescription des créances d’un héritier contre la succession

 

Un arrêt de la Cour de cassation du 28 mars 2018 (n°17-14104) vient rappeler la différence du régime de la prescription entre les dettes dues par un héritier à la succession et les créances d’un héritier contre la succession. La Haute juridiction énonce que les articles 864 et 865 du code civil ne régissent pas les créances détenues par l’un des copartageants sur la succession et que ces dernières relèvent du droit commun de l’article 2224 du code civil.

 

  • 1 - Faits de l’espèce
  •  
  • Le de cujus Mohammed X. laissait pour lui succéder ses trois enfants issus d'un premier mariage ainsi que sa seconde épouse, Mme D., avec laquelle il s'était marié le 2 août 1982 sous le régime légal marocain de la séparation de biens. Lors du règlement de sa succession, des difficultés surgirent à propos d’un bien immobilier situé à Paris qui avait été acquis par le de cujus en 1990.
  •  
  • Les trois enfants ont assigné leur belle-mère en licitation du bien immobilier et en paiement d’une indemnité d’occupation. Au cours de l’instance, Madame D. faisait valoir une créance de 500 000 € contre la succession pour avoir aidé son époux à financer deux biens immobiliers. Les demandeurs avaient alors invoqué la prescription de la créance de leur belle-mère : la demande était formée le 30 septembre 2014, le décès survenu le 13 mars 2008 et les acquisitions réalisées en 1990.
  •  
  • La Cour d’appel avait pris en compte – dans le cadre de la liquidation – la créance invoquée par le conjoint survivant mais la Cour de cassation casse son arrêt sur ce point.

 

  • 2- Distinction du régime de la prescription des dettes et créances d’un héritier à l’égard de la succession
  •  
  • 2-1 L’héritier débiteur
  •  
  • Les articles 864 et 865 du code civil organisent le « rapport des dettes » (ancienne expression supprimée par la loi du 23 juin 2006). En d’autres termes, ils précisent le mode de paiement des dettes dont les héritiers sont tenus envers la succession.
  •  
  • Un mode de paiement « simplifié » est prévu puisque la loi admet le paiement par confusion. Ainsi la dette de l’héritier à l’égard de la succession lui sera attribuée au terme du partage et elle s’imputera sur sa part par confusion. Si l’opération est négative (dette supérieure à ses droits), l’héritier débiteur devra régler le complément. Si l’opération est positive, il recevra uniquement la différence entre ses droits et sa dette.
  •  
  • La créance ne peut être exigible avant la clôture des opérations de partage (sauf si elle est relative aux biens indivis comme par exemple, l’indemnité d’occupation). Puisqu’il bénéficiera d’une confusion en fonction du montant de ses droits, le paiement de la dette ne peut être exigé. L’héritier – s’il le souhaite – peut néanmoins régler sa dette avant la fin des opérations de partage (par exemple pour arrêter les intérêts qui ont pu commencer à courir).
  •  
  • La prescription de ces dettes court à compter de la clôture des opérations de partage.
  •  
  • 2-2 L’héritier créancier
  •  
  • Pour les créances que l’héritier détient à l’égard de la succession, le régime de prescription est différent, les articles 864 et 865 ne s’appliquant pas. Conformément au droit commun, le délai de prescription court donc à compter du jour où le créancier a eu connaissance ou aurait dû avoir connaissance de sa créance (article 2224 code civil). Rappelons tout de même l’exception notable de la créance entre époux qui bien qu’elle puisse être réclamée par le créancier pendant la vie commune et en dehors même de toute procédure de divorce (si, si !) ne commence à se prescrire qu’à compter du décès de l’un des époux.
  •  
  • Ainsi dans les faits de l’espèce, le de cujus était décédé le 13 mars 2008 et la demande de créance par le conjoint survivant formulé le 30 septembre 2014 (soit au-delà du délai transitoire prévue par la loi relative à la prescription du 17 juin 2008 allant jusqu’à 17 juin 2013). Le délai dont le point de départ courait au jour du décès de l’époux – le 13 mars 2008 – était dépassé.
  •  
  • Dernier point intéressant : la Cour de cassation a également cassé l’arrêt de la Cour d’appel de Paris en lui reprochant un déni de justice sur le fondement de l’article 4 du code civil « le juge qui refusera de juger, sous prétexte du silence, de l'obscurité ou de l'insuffisance de la loi, pourra être poursuivi comme coupable de déni de justice ». La Cour rappelle qu’il incombe au Juge du fond de fixer le montant des diverses créances d’un indivisaire et qu’il ne suffisait pas de statuer sur le principe de ces créances (taxe foncière, assurance-habitation, charges de copropriété, etc.) et renvoyer au Notaire pour finaliser leur montant. Le Juge doit trancher le principe et le montant des créances, à charge pour les parties de lui communiquer les justificatifs nécessaires à ses calculs.

 

Par Victoire Thivend et Nicolas Graftieaux        

Auteur : Nicolas Graftieaux

Famille & Successions / Patrimoine 27 décembre 2018

 

Mécanisme de l'attribution préférentielle et concubins

 

Le sort du bien indivis d’un couple est très différent selon qu’il soit marié ou pas ; notamment dans la détermination de celui des propriétaires qui récupérera le bien à l’issue de leur séparation : c’est le mécanisme de l’attribution préférentielle.

 

  • A) Définition de l’attribution préférentielle du bien indivis

 

Régi par les articles 831 et suivants du Code civil, il permet à un des indivisaires de solliciter l’attribution en priorité d’un ou plusieurs biens indivis à son bénéfice ; à charge évidemment de désinteresser l’autre de sa part en valeur.

 

  • B) L’impossible attribution préférentielle du bien indivis entre concubins

 

Le mécanisme de l’attribution préférentielle prévoit des conditions strictes tant s’agissant des personnes pouvant solliciter cette attribution que les biens concernés :

  • - biens susceptibles de bénéficier de l’attribution préférentielle: est concernée le logement familial dans lequel habite l’indivisaire demandeur de l’attribution. Le mécanisme de l’attribution préférentielle exige que l’indivisaire demande « habite » dans le bien. C’est la raison pour laquelle il est souvent recommandé de ne pas quitter le bien indivis, sauf pour des courts séjours.
  •  
  • - personnes pouvant solliciter l’attribution préférentielle: l'attribution préférentielle (ou forcé)  d'un bien indivis n'est prévue qu'en cas de décès (i), au profit du conjoint survivant ou des héritiers, ou qu'en cas de divorce (ii), au profit des époux divorcés.

 

Les textes n’évoquent donc pas le cas des concubins. Or, la jurisprudence procède à une lecture restrictive des textes de sorte qu’en cas de mésentente entre concubins, le recours au juge pour une attribution préférentielle du logement n’est pas possible. L’attribution préférentielle ne peut être demandée que par le conjoint, le partenaire d’un pacte civil de solidarité ou tout héritier. Pour qu’il en soit autrement l’attribution préférentielle doit être prévue dans une convention d’indivision.

Ainsi, pour le cas de concubins, il est recommandé de prévoir une convention d’indivision avec attribution préférentielle au profit de l’un des concubins. A défaut, en cas de contentieux, le concubin ne pourra pas solliciter le bénéficie de l’attribution préférentielle de sa résidence.

Précision : en cas de contentieux postérieur à la signature de la convention d’indivision, l’indivisaire bénéficiaire de l’attribution préférentielle dans le cadre de la convention d’indivision pourra demander l’attribution préférentielle judiciairement ce qui permettra - en cas d’acceptation du tribunal – d’imposer le rachat des parts sans avoir besoin d’obtenir l’accord des autres indivisaires.

Dans ce cas exclusivement, la demande d’attribution préférentielle peut être formulée (i) dans le cadre d’une procédure en comptes, liquidation et partage devant le Juge aux affaires familiales ou (ii) de manière autonome devant le Président du Tribunal de grande instance.

A défaut, le seul scénario envisageable est celui de la vente du bien à un tiers, aucun des deux indivisaires ne pouvant passer outre le refus de l’autre.

Auteur : Nicolas Graftieaux

Famille & Successions / Patrimoine 27 décembre 2018

 

SPECIFICITES DE L’ACTION EN REDUCTION DANS LE CADRE DE LIBERALITES-PARTAGE

 

Les libéralités partage permettent une prévisibilité et une sécurité juridique très supérieure à celle d’une libéralité simple en ce qu’elle permet au disposant (donateur ou testateur) d’allotir par avance ses héritiers en maitrisant à la fois la nature du bien transmis mais aussi la valeur pour laquelle elle sera traitée dans la succession. Le recours à ces outils doit être largement encouragé. Cependant, contrairement à une idée très largement répandue, ces caractéristiques ne sont pas automatiquement et systématiquement attachés à l’opération la nécessité du rapport ou de la rédcution.

 

  • 1) Le mécanisme du rapport et la donation partage
  •  

Les articles 1075 et suivants du Code civil fixent plus particulièrement le rapport des libéralités-partage avec l’action en réduction.

Lorsque le de cujus a procédé au partage anticipé de tout ou partie de ses biens en recourant à ces outils, la liquidation de sa succession se présente sous un jour particulier puisqu’elle concerne une succession qui, au moins pour partie, est déjà partagée.

De cette inversion de l'ordre habituel des opérations, résulte que lors de la liquidation, la libéralité-partage n’est pas soumise au rapport, qui n’est qu’une opération préliminaire au partage.

Elle doit tout de même être prise en considération dans les calculs de vérification de la préservation de la réserve des héritiers.

Deux articles du Code civil prévoient la mise en œuvre du droit à réserve en présence d'une donation-partage :

  • - l'article 1077, qui prescrit que “les biens reçus par les descendants à titre de partageanticipé par un héritier réservataire présomptif s'imputent sur sa part de réserve, à moins qu'ils n'aient été donnés expressément hors part” ;
  •  
  • - l'article 1077-1, qui dispose que “l'héritier réservataire qui n'a pas concouru à la donation-partage, ou qui a reçu un lot inférieur à sa part de réserve, peut exercer l'action en réduction, s'il n'existe pas à l'ouverture de la succession des biens non compris dans le partageet suffisants pour composer ou compléter sa réserve, compte tenu des libéralités dont il a pu bénéficier”.

 

D'ordinaire, une fois les opérations de recensement de l’actif et du passif effectuées, la détection et la réduction des libéralités excessives se font en quatre temps :

- détermination du taux de la réserve et de quotité disponible ;

- liquidation de la réserve et la quotité disponible ;

- imputation des libéralités sur la réserve ou la quotité disponible en fonction de la nature de la donation ;

- réduction des libéralités qui se sont révélées excessives.

 

Les trois premiers temps sont ceux du diagnostic, le quatrième, celui de la correction.

 

En présence d'une donation-partage, les deux premiers temps sont communs :

- détermination du taux de la réserve et de la quotité disponible ( civ., art. 913. – C. civ., art. 1094-1) ;

  • - liquidation de la réserve et de la quotité disponible en suivant les prescriptions de l'article 922, sans omettre les biens compris dans la libéralité-partage.

 

On doit d'abord rechercher si chacun des héritiers réservataires a reçu sa part de réserve, et c'est ensuite seulement que, dans la négative, il pourra y avoir lieu de réduire les libéralités, y compris la libéralité-partage.

 

  • 2) L’évaluation des biens donnés

 

2-1 Au jour de la libéralité en application de l’article 1078 du Code civil

« Nonobstant les règles applicables aux donations entre vifs, les biens donnés seront, sauf convention contraire, évalués au jour de la donation-partage pour l'imputation et le calcul de la réserve, à condition que tous les héritiers réservataires vivants ou représentés au décès de l'ascendant aient reçu un lot dans le partage anticipé et l'aient expressément accepté, et qu'il n'ait pas été prévu de réserve d'usufruit portant sur une somme d'argent. »

Ainsi, au lieu d'être fictivement réunis aux biens existants puis imputés pour leur valeur au jour du décès, comme le prescrit la règle de principe de l'article 922 du même code, ils le sont pour leur valeur au jour du partage anticipé.

L’essence de la donation-partage est que le liquidateur n'a pas à se préoccuper de la valeur des biens au décès, ni, par conséquent, à se soucier d'éventuelles modifications de son état depuis la donation-partage.

 

2-2 Conditions

L'évaluation dérogatoire de l'article 1078 suppose que “tous les enfants vivants ou représentés au décès de l'ascendant aient reçu un lot dans le partage anticipé et l'aient expressément accepté, et qu'il n'ait pas été prévu de réserve d'usufruit portant sur une somme d'argent”.

Trois conditions ressortent de ce texte.

- Première condition : la participation à la donation-partage de tous les héritiers réservataires vivants ou représentés au décès de l'ascendant.

- Deuxième condition : l'absence de réserve d'usufruit portant sur une somme d'argent.

-Ž Troisième condition : l'absence de clause contraire – L'article 1078 permet aux parties de revenir à l'évaluation ordinaire de l'article 922.

 

Lorsque ces trois conditions ne sont pas réunies, le bien compris dans le partage anticipé, est pour le calcul de la réserve et les imputations, évalués au jour du décès conformément au droit commun !

 

2-3 Ajustement : la recherche de la valeur réelle au jour de l’acte

A bien lire le texte de la loi, la libéralité partage qui remplit les conditions posées permettent de recourir à la valeur du bien au jour de l’acte… qui peut être différente de la valeur figurant à l’acte !

Autrement dit, c'est la valeur réelle et non la valeur déclarée dans l'acte de donation-partage qui doit être prise en considération.

 

La Cour de cassation a rappelé ce principe dans un arrêt en date du 25 mai 2016[1] dans les termes suivants :

 Vu l'article 1078 du code civil, ensemble les articles 913, 920 et 922 du même code :

Attendu qu'il résulte du premier de ces textes que, si les conditions en sont réunies, les biens donnés seront, sauf convention contraire, évalués au jour de la donation-partage pour l'imputation et le calcul de la réserve ;

Attendu que, pour rejeter les demandes de Mme Mylène Y... et des consorts Y... tendant à la réduction de la donation-partage, l'arrêt retient qu'il résulte de l'acte qu'il n'a pas été prévu de réserve d'usufruit, que les évaluations et attributions ont été dûment acceptées par chaque héritier réservataire dans les conditions définies à l'article 1078 du code civil, que chacun a été rempli de ses droits respectifs dans la masse à partager sans qu'il en résulte une atteinte à leur réserve dès lors que chacun a reçu un tiers constituant sa part ; qu'il ajoute, qu'ayant accepté les évaluations des biens à la date de la donation-partage, en visant expressément les dispositions du texte précité, aucun des co-partageants ne peut remettre en cause ces évaluations, notamment au prétexte que l'ensemble des biens immobiliers auraient été sous-évalués, la réévaluation de ces biens à la date de la donation-partage étant indifférente à la solution du litige ;

Qu'en statuant ainsi, alors que, pour le calcul de la réserve, les biens donnés doivent être estimés à leur valeur réelle au jour de la donation-partage, quelles qu'aient pu être celles énoncées à l'acte, la cour d'appel a violé les textes susvisés ;

 

Cette question est d’importance par exemple lorsque la sous-évaluation du bien transmis en donation-partage, en réduisant la masse de calcul de la succession, contraint le bénéficiaire d’une libéralité hors part successorale à la réduction de son avantage.

 

[1] Cass., 1ère Civ., 25 mai 2016, n° pourvoi 15-16160

Cass., 1ère Civ., 4 novembre 2015, n° pourvoi 14-23662

Auteur : Nicolas Graftieaux

Famille & Successions / Patrimoine 26 décembre 2018

L’exercice précis des demandes judiciaires liquidatives dans le cadre d’une succession

 

La Cour de cassation, dans un arrêt du 1er juin 2017 (n°16-19990) s’est prononcé à nouveau sur le cadre procédural des demandes formées par les parties en cours de partage judiciaire. Si sa position n’est pas tout à fait nouvelle, elle se fait plus précise et. En outre, cet arrêt permet de confirmer l’applicabilité de son ancienne jurisprudence aux dispositions issues de la loi du 23 juin 2006 (applicables aux indivisions nées après le 1er janvier 2007).

 

1- Faits

Madame B décède le 10 février 2009 et laisse pour lui succéder ses deux-petits enfants Philippe et Martine, venant en représentation de leur père décédé. Par testament olographe du 28 juin 2000, Aline avait institué Martine légataire universelle de ses biens.

Les opérations de comptes, liquidation et partage ont été ouvertes par jugement du 28 juin 2011. Le Notaire chargé des opérations par ledit jugement a établi un projet de partage et un procès-verbal de difficultés et de carence en renvoyant les parties devant le Tribunal de grande instance.

C’est dans le cadre de la procédure d’appel que Philippe a formé pour la première fois une demande d’annulation du testament de la défunte. La Cour d’appel le déboute et la Cour de cassation rejette son pourvoi.

 

2- L’irrecevabilité des demandes formulées pour la première fois postérieurement au rapport du juge commis

La Cour de cassation, dans son arrêt du 1er juin 2017, rappelle qu’il n’est pas possible de « court-circuiter » le Notaire en saisissant directement le Tribunal de grande instance et qu’il est nécessaire de soulever et de faire valoir l’intégralité de ses demandes devant lui, sous peine d’irrecevabilité ultérieure.

Elle rappelle que « toute demande distincte de celles portant sur les points de désaccord subsistants, dont le juge commis a fait rapport au tribunal, est irrecevable, à moins que le fondement des prétentions soit né ou révélé postérieurement ».

Les juges reprennent rigoureusement les dispositions de l’article 1374 du code de procédure civile qui précisent que « toutes les demandes faites en application de l'article 1373 entre les mêmes parties, qu'elles émanent du demandeur ou du défendeur, ne constituent qu'une seule instance. Toute demande distincte est irrecevable à moins que le fondement des prétentions ne soit né ou ne soit révélé que postérieurement à l'établissement du rapport par le juge commis».

Contrairement à l’ancien dispositif, ce n’est plus le procès-verbal  de difficultés qui marque la limite à toute nouvelle demande mais le rapport du juge commis (sauf élément postérieur selon la réserve faite par l’article lui-même). Pour mémoire, le juge commis sera généralement le juge qui statuera sur le fond : cela lui permettra de connaitre précisément l’ensemble des points de désaccord des parties. L’irrecevabilité de toute nouvelle demande est donc encourue dès que le rapport du juge commis aura été rédigé.

 

3- Critique

Plusieurs observations peuvent être faites.

Tout d’abord, les jugements ouvrant les opérations de comptes, liquidation et partage ne désignent pas automatiquement de juge commis même si l’article 1364 du code de procédure civile le prévoit dans le cadre d’opérations complexes.

En outre, lorsqu’un tel juge est désigné, les parties ne sont pas toujours destinataires de son rapport et même dans certains cas, aucun rapport n’est jamais établi. 

Enfin en l’espèce, la demande formulée par l’héritier est purement juridique puisqu’elle porte sur la nullité d’un testament. Le Notaire n’étant pas juge et ne portant pas dans ses attributions celle de se prononcer sur ladite validité, on comprend mal en quoi la demande devait obligatoirement être portée devant lui. Il sera répondu que cela lui aurait permis d’opérer une double liquidation, avec ou sans le testament afin que le juge puisse ensuite reprendre simplement les chiffres dégagés du scénario qu’il aura choisi.

Cela est parfaitement vrai.

Pourtant en pratique, l’exercice de la double liquidation est malheureusement parfois malaisé à obtenir du Notaire, soit qu’il ne souhaite pas multiplier ses diligences au gré des demandes juridiques des parties, soit au contraire (c’est heureusement plus rare) qu’il s’estime pouvoir les écarter lui-même en les déclarant infondées. Dans les deux cas et même si nous comprenons que la tâche peut être fastidieuse pour nos amis Notaires, elle relève bien de leur rôle d’auxiliaire du juge.

En tout état de cause et pour revenir sur la question du rapport du juge commis, le marqueur final pour faire valoir toute demande dans le cadre du partage (sauf nouvel élément postérieur) est donc assez flou.

Par prudence, il est ainsi préférable de considérer que toutes les demandes doivent être effectuées devant le Notaire et qu’il ne sera plus possible de le faire ultérieurement.

 

Ainsi dans l’arrêt commenté, la demande en nullité du testament du petit-fils du de cujus Philippe, formée pour la première fois en cause d’appel - sans avoir été soumis préalablement au juge commis et alors que le motif d’annulation préexistait à l’ouverture de la procédure- est irrecevable.

 

Par Victoire Thivend et Nicolas Graftieaux

Auteur : Nicolas Graftieaux

Famille & Successions / Patrimoine 26 décembre 2018

Indivision conventionnelle, divorce et succession : droit des indivisaires à une avance en capital en l’absence de liquidités indivises

L’arrêt rendu par la première chambre civile de la Cour de cassation le 24 mai 2018 (Cass, 1ère, 24 mai 2018, n°17-17846) tranche une question fréquemment posée dans nos cabintes : celle de savoir si l’avance en capital que peut demander un indiviaire ou non subordonnée à l’existence de liquidités indivises.

En l’espèce, il s’agissait de deux ex-époux en indivision. L’ex-épouse réclamait une avance en capital sur les sommes dues par son ex-mari à l’indivision. Ce dernier était en effet redevable d’importantes liquidités et était récalcitrant à en effectuer le paiement.

Les juges du fond ont accordé l’avance en capital. L’ex-époux a alors formé un pourvoi en cassation sur le fondement de l’article 815-11 alinéa 4 du Code civil selon lequel le Président du Tribunal de Grande Instance peut ordonner une avance en capital sur les droits de l’indivisaire dans le partage à intervenir « à concurrence des fonds disponibles ». Or selon l’ex-époux, l’avance en capital ne pouvait être accordée dans la mesure où il n’y avait pas en l’espèce de liquidités disponibles.

La Cour de cassation confirme la position des juges du fond et rejette le pourvoi. Elle estime en effet que l’ex-époux « était redevable d'importantes liquidités envers l'indivision depuis de nombreuses années, issues en particulier des loyers perçus en contrepartie de la location de l'immeuble et des revenus de la charge d'huissier de justice » de sorte que « c'est sans violer l'article 815-11, dernier alinéa, du code civil que la cour d'appel (…) a décidé, au regard des droits de chacun dans la liquidation et le partage de la communauté, d'accorder » à l’ex-épouse « une avance, dont elle a souverainement estimé le montant, et qu'elle a mise à la charge personnelle de » l’ex-époux « compte tenu des difficultés rencontrées par cette dernière pour en obtenir le paiement ».

Le défaut de liquidités indivises ne fait donc pas obstacle à l’octroi d’une avance en capital au profit d’un des indivisaires. Il faut seulement démontrer que l’un des indivisaires est redevable à l’égard de l’indivision de liquidités d’un montant manifestement supérieur à ses propres droits dans le partage à intervenir.

La Haute juridiction consacre ainsi une acception large de la notion de fonds disponibles puisqu’elle y inclut des liquidités qui, à la date de l’avance en capital accordée, ne sont encore que de simples créances de l’indivision à l’égard d’un des indivisaires. La solution est pourtant heureuse en pratique car elle permet de combattre l’indivisaire qui détournant systématiquement les fonds de la succession bloque sa résolution et prive les indivisiaires de leur part légitime dans le capital et les fruits disponibles.

 

 

 

 

Auteur : Nicolas Graftieaux

Droit Social / Sécurité Sociale / Conflits Collectifs 14 décembre 2018

Obligation pour l’employeur de rémunérer les heures supplémentaires nécessaires à la réalisation des tâches confiées au salarié

Dans deux arrêts en date du 14 novembre 2018, la Cour de cassation précise l’obligation pour l’employeur de rémunérer les heures supplémentaires effectuées par le salarié.

Jusqu’à présent, la jurisprudence avait considéré que doivent être rémunérées les heures supplémentaires demandées par l’employeur ou effectuées avec son accord même implicite, mais également celles imposées par la nature ou la quantité du travail du salarié ( Soc. 19 avril 2000, n°98-41.071).

En l’espèce, dans les deux affaires, la réalisation d'heures supplémentaires par les salariés nécessitait l’accord préalable de leur supérieur hiérarchique. Ainsi, l’employeur ne rémunérait pas les heures supplémentaires effectuées par les salariés au motif qu’il n’avait pas donné son accord à leur accomplissement.

La Cour de cassation précise sa jurisprudence antérieure et énonce clairement pour la première fois que le salarié peut prétendre à la rémunération des heures supplémentaires effectuées sans accord de l’employeur s’il prouve que la réalisation de ces heures était rendue nécessaire par les tâches qui lui ont été confiées.

(Soc. 14 novembre 2018, n°17-20.659 et n°17-16.959)

Auteur : Arnaud Blanc de La Naulte

Droit Social / Sécurité Sociale / Conflits Collectifs 14 décembre 2018

Défaut de signature d’un CDD : risque de requalification en CDI

Une salariée ayant conclu 12 CDD entre le 31 mars 2009 et le 19 mars 2012 saisit le conseil des prud’hommes afin que la requalification en CDI soit prononcée. Elle argue d’une part, du fait que ces contrats n’étaient pas signés et, d’autre part, du caractère permanent des emplois pourvus.

La cour d’appel requalifie en CDI au motif qu’un des CDD en date du 16 décembre 2010 avait été conclu pour remplacer un salarié ayant fait valoir ses droits à la retraite. En effet, rappelons qu’il est interdit de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise par un CDD, sous peine de requalification en CDI (articles L1242-1 et L1245-1 du code du travail).

Cependant, la requalification en CDI était prononcée uniquement à partir du CDD du 16 décembre. En effet, la cour d’appel avait refusé de prononcer la requalification à la date de conclusion du premier CDD, au motif que le défaut de signature des CDD n’entraînait pas la requalification.

La Cour de cassation censure l’arrêt d’appel sur ce point. La Cour de cassation rappelle qu’en l’absence de signature d’un CDD, le contrat ne peut être considéré comme conclu par écrit. Or, le contrat non écrit est réputé comme étant conclu à durée indéterminée.

Ainsi, les juges d’appel auraient du prononcer la requalification en CDI à compter du premier contrat non signé.

(Soc. 14 novembre 2018, n°16-19.038)

 

Auteur : Arnaud Blanc de La Naulte

Droit Social / Sécurité Sociale / Conflits Collectifs 14 décembre 2018

Impossibilité pour le juge judiciaire de se prononcer sur le contenu d’un PSE, même au travers d’un contentieux individuel

Une association en proie à de graves difficultés financières est placée en redressement judiciaire. L’administrateur judiciaire élabore le PSE. Il y est indiqué, s’agissant des mesures d’aides au reclassement, que : « l’AMF-APA étant une association, aucun reclassement interne ne peut être envisagé ». Cette clause est naturellement illégale.

En effet, l’association appartenant à un groupe, est tenue, au même titre qu’une entreprise,  d’une obligation de reclassement étendue au sein des entreprises du groupe (article L1233-1 du code du travail et Soc, 5 avril 1995, n°93-42690).

De façon surprenante, la DIRECCTE homologue le PSE. Sa décision n’est pas contestée devant le juge administratif. Cependant, deux salariés licenciés pour motif économique au sein de ce PSE contestent leur licenciement devant le juge judiciaire.

La cour d’appel fait droit aux demandes des salariés et juge leurs licenciements sans cause réelle et sérieuse au motif que l’employeur n’avait pas procédé à une recherche de reclassement individualisée, sérieuse et loyale. La cour d’appel, pour en venir à cette conclusion, s’était expressément fondée sur le PSE.

La Cour de cassation casse l’arrêt d’appel au motif que la cour d’appel en se prononçant sur le contenu du PSE avait méconnu l’autorité de la chose décidée par l’autorité administrative, en l’espèce, la DIRECCTE.

Rappelons en effet, que depuis la loi de sécurisation de l’emploi du 14 juin 2013, le contentieux relatif au plan de sauvegarde de l’emploi a été transféré au juge administratif.

En l’espèce, seul le juge administratif était donc en mesure de se prononcer sur le contenu du PSE.

Néanmoins, la Cour précise que le juge judiciaire reste compétent pour apprécier le respect par l’employeur de l’obligation individuelle de reclassement. On peut par conséquent légitimement penser que la cour d’appel aurait eu pour seul tort de faire référence au PSE.

(Soc. 21 novembre 2018, n°17-16777)

Auteur : Arnaud Blanc de La Naulte

Droit Social / Sécurité Sociale / Conflits Collectifs 14 décembre 2018

Désignation d’un représentant de section syndicale : des précisions sur l’exigence de transparence financière des syndicats

En cas de contestation de la désignation d’un représentant de section syndicale, les documents comptables peuvent permettre de prouver la transparence financière du syndicat. A défaut, le syndicat peut produire d’autres documents que le juge est chargé d’examiner.

La Cour de cassation dans deux arrêts du 17 octobre 2018, a précisé la nature des documents comptables permettant d’établir le critère de transparence financière des syndicats.

Dans la première espèce, un syndicat avait publié ses comptes uniquement sur sa page Facebook publique. Le syndicat arguait d’ailleurs du fait que la page Facebook était ouverte à tous et appartenait donc au domaine public. Ainsi, ce dernier considérait que cette publication valait formalité valable de publicité.

Rappelons que l’article D2135-8 du code du travail prévoit la publication des comptes des syndicats soit auprès de la DILA, soit sur le site internet du syndicat ou, à défaut, d’un tel site, auprès de la DIRECCTE.

La Haute juridiction n’a pas suivi l’argumentation du syndicat. En effet, elle a considéré que la publication sur la page Facebook du syndicat ne correspondait pas aux mesures de publicité exigées par l’article D2135-8 du Code du travail.

Ainsi, elle ne permet pas au syndicat de justifier du respect du critère de transparence financière au jour de la désignation.

Dans la seconde espèce, trois sociétés membres d’une Unité Economique et Sociale, contestent la désignation d’un représentant de section syndicale par le syndicat Force ouvrière au motif que celui-ci n’avait pas régulièrement et diligemment fait publier les comptes afférents au dernier exercice comptable clos avant la désignation.

En effet, la désignation du représentant de section syndicale avait eu lieu en janvier 2017. Force ouvrière avait fait établir et approuver les comptes des années 2013 et 2014 par la DIRECCTE avant la date de désignation. Puis, après la désignation, les comptes de 2015 ont été approuvés et publiés par la DIRECCTE.

Le tribunal d’instance a considéré que le critère de transparence financière était néanmoins rempli.

La Cour de cassation s’en remettant à l’appréciation souveraine des juges du fond a considéré que la publication auprès de la DIRECCTE des comptes des exercices comptable N-3 et N-4 avant la désignation et la publication de ceux du dernier exercice comptable après la désignation pouvait parfaitement suffire à prouver le critère de transparence financière au jour de la désignation.

En conclusion, la publication des comptes par un syndicat sur un compte Facebook public ne suffit pas à satisfaire l’exigence de transparence financière. En revanche, peu importe que les comptes du dernier exercice comptable ne soit pas publié au jour de la désignation si leur régularité est établie ultérieurement à la désignation, et que les comptes des années N-3 et N-4 ont été régulièrement approuvés et publiés.

(Soc. 17 octobre 2018, n°18-60.030 et Soc. 17 octobre 2018, n°17-19.732)

Auteur : Arnaud Blanc de La Naulte

Famille & Successions / Patrimoine 1 juin 2018

un an après : la remise en cause du nouveau divorce par consentement mutuel

 

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Très récent, le nouveau divorce par consentement mutuel « sans juge » a été institué par l’article 50 de la loi de modernisation de la justice du 21ème siècle, entrée en vigueur le 1er janvier 2017.


Nombreux sont désormais les avocats promettant aux époux un divorce rapide, et surtout forfaitisé à moindre coût.


Gare au divorce rapide et low cost ! Se séparer « vite fait, bien fait » peut coûter bien plus que quelques centaines d’euros !


Inévitablement, plus d’une année après l’entrée en vigueur de ce nouveau type de divorce, les premières contestations arrivent dans nos cabinets, et ce n’est que le début. Il apparaît donc nécessaire de faire une rétrospective utile sur les possibilités de remise en cause du nouveau divorce, aussi pratique que dangereux.
En substance, ce nouveau dispositif a mis en place une procédure allégée par laquelle l’accord des époux, assistés chacun par un avocat, est constaté dans une convention prenant la forme d’un acte sous seing privé d’avocat contresigné par les parties et leurs avocats, puis déposé au rang des minutes d’un notaire.
Ce nouveau mode de divorce « conventionnel » se place dans une tendance de déjudiciarisation, et plus particulièrement de contractualisation des procédures en droit de des personnes.
A contrario, avant 2017, le divorce par consentement mutuel « judiciaire » se dénouait par l’homologation de la convention de divorce parfois rédigé par un avocat unique, devant le juge aux affaires familiales. Au-delà des vérifications recueillies par le juge sur le consentement et les conditions de la convention, cette homologation conférait à la convention de divorce la qualité de décision de justice, avec tous ses effets.
La remise en cause de la convention homologuée par le juge se faisait uniquement par la voie de la cassation, dans un délai de 15 jours à compter du prononcé du jugement qui homologuait la convention, ou par la voie de la révision en cas d’évolution dans les situations des parties.
Il apparaît que le nouveau divorce par consentement mutuel offre au justiciable des moyens de remise en cause différents et surtout moins restreignant. Compte tenu de son caractère hybride, les actions ouvertes contre ce nouveau divorce empruntent à la fois au droit des contrats et au droit de la famille.
L’action à l’encontre du divorce par consentement mutuel peut être rectificative. Dans ce cas elle est directement liée à l’évolution dans la situation des parties (Partie I) ou à un oubli dans le partage (Partie II).
L’action peut aussi tendre à une annulation. Elle renvoie alors à des fondements emprunts à la fois du droit des contrats et du droit spécial de la famille, dont les modalités d’appréciation diffèrent (Partie III).
La réforme n’étant applicable que depuis le 1er janvier 2017, il n’existe que très peu de jurisprudence sur le sujet. Les développements ci-après doivent tenir compte de ce manque de recul et des incertitudes qui en découlent.


Partie I – La remise en cause de la convention liée à l’évolution de la situation des parties : le réajustement possible


A- La révision des mesures relatives à l’ancien couple


L’évolution de la situation (financière) des époux peut être à l’origine d’une demande de révision de la prestation compensatoire lorsqu’elle a été fixée sous la forme de rente, qu’ils l’aient prévu ou non dans la convention.
Cette possibilité – préexistante à la réforme – est un sujet différent déjà traité par le cabinet que vous pourrez retrouver sur notre site internet.


B- La révision des mesures relatives aux enfants


En cas de fait nouveau conduisant à une modification de la situation des enfants, l’un des ex-époux pourra saisir le juge aux affaires familiales pour faire réviser les modalités d’exercice de l’autorité parentale.
Cette possibilité existait également avant la réforme du divorce par consentement mutuel, quelle que soit la situation : concubinage, mariage, PACS etc : le droit de visite et d’hébergement et la contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants sont toujours adaptés à la situation de vie et de budget des parents et des enfants à un instant « t ».
Il est aisé d’adapter ces modalités. Nous renvoyons toutefois le lecteur ici aussi au site du cabinet, l’objet du présent article étant centré sur le nouveau divorce par consentement mutuel.


C- L’incertitude liée à la théorie de l’imprévision


Comme cela a été dit, la convention de divorce emprunte beaucoup au droit des contrats. Or, la réforme du droit des obligations a modifié substantiellement cet aspect du droit civil en 2016, en y incluant par exemple la théorie de l’imprévision jusqu’alors exclue du droit français.
L’imprévision permet au juge, sur demande d’une des parties (et après un long processus) de réviser le contrat lorsque l’évolution des circonstances depuis la signature a rompu l’équilibre contractuel initial. Cette prérogative est soumise à des conditions strictes prévues par l’article 1195 du code civil.
Selon ce texte, il faudra justifier d’un changement de circonstances imprévisibles lors de la conclusion du contrat, rendant l’exécution du contrat onéreuse. Dans un premier temps, le demandeur devra solliciter une renégociation avec son cocontractant. En cas de refus ou d’échec, les parties d’un accord commun ou l’une d’elle pourra solliciter le juge d’une action afin de révision du contrat ou sa nullité.
Compte tenu du caractère contractuel de la convention de divorce, il ne serait pas impossible de considérer que l’un des époux puisse saisir le juge civil d’une demande en révision suite aux échecs de négociations avec son cocontractant, pour modifier une ancienne convention de divorce par consentement mutuel.

Partie II – La remise en cause tirée de l’oubli dans le partage : l’action en complément de part

Lors du divorce, le régime matrimonial des époux doit être liquidé afin de procéder au partage du patrimoine acquis avant et/ou pendant le mariage, selon qu’ils ont opté pour le régime légal ou un régime matrimonial conventionnel.
La liquidation doit être compléte, et tenir compte de tous les intérêts patrimoniaux des époux.
Comment procéder a posteriori lorsque cette liquidation se révèle incomplète ?
En matière de divorce par consentement mutuel judiciaire, il était déjà possible de procéder à une demande ultérieure tendant au partage de biens communs omis dans l’état liquidatif notarié (Cass. Civ. 1ère, 6 mars 2001. Pourvoi n°98-15.168).
Il est aisé d’en déduire qu’en matière de divorce par consentement mutuel, l’un des époux pourra engager la même action en partage complémentaire devant le juge aux affaires familiales conformément à l’article 892 du code civil.
Précision étant donnée que si l’omission résulte d’une faute professionnelle du notaire et non d’une omission volontaire de la part des époux, sa responsabilité professionnelle sera sans nulle doute engagée.
De la même façon, du fait de son obligation accrue de conseil et de contrôle de la convention de divorce, la responsabilité de l’avocat pourra également être engagée pour non contrôle de l’acte liquidatif notarié, s’il dispose évidemment de l’information nécessaire.

Partie III – L’action en nullité de la convention de divorce


Il s’agit ici de remettre en cause l’existence même du contrat et de son contenu rétroactivement, conduisant à recommencer le processus.


I – Les fondements invocables


A- Les fondements propres à la convention de divorce par consentement mutuel


La convention doit répondre à des exigences formelles à peine de nullité. Le rôle – accru – de l’avocat en la matière concernera aussi bien les mentions obligatoires prescrites par l’article 229-3 du code civil (1) que le contrôle de l’établissement des documents annexes à la convention (2).
1- Les mentions obligatoires de l’article 229-3 du code civil
Aux termes de cet article, la convention doit comporter mention de :
 l’état civil complet des époux et le cas échéant de leurs enfants ;
 l’identité des avocats et la structure d’exercice, ainsi que leur barreau de rattachement ;
 la mention de l’accord de époux sur la rupture du mariage et sur les effets de cette rupture.
 les modalités du règlement complet du divorce, et notamment s’il y a lieu à prestation compensatoire
 l’état liquidatif du régime matrimonial, le cas échéant en la forme authentique devant notaire si la liquidation porte sur des biens soumis à publicité foncière, ou la déclaration qu’il n’y a pas lieu à liquidation
 la mention que le mineur a été informé par ses parents de son droit à être entendu par le juge et qu’il ne souhaite pas faire usage de cette faculté. Dans le cas où le mineur souhaite être entendu par le juge, le divorce par consentement mutuel ne sera pas possible.
Précision étant donnée que l’article 229-3 sanctionne expressément d’une nullité le manquement à l’une de ces mentions obligatoires.
Les articles 1144 et suivants du code de procédure civile imposent en outre que le nom du notaire ou de l’office notarial chargé d’enregistrer la convention au rang de ses minutes soit mentionné expressément dans la convention.


2- Les annexes à la convention de divorce par consentement mutuel
En outre, l’avocat ne doit pas se contenter de recueillir les informations auprès des époux. Au titre de son devoir de conseil, il devra s’assurer de leur véracité et annexera à la convention les documents justificatifs suivants :
 l’état civil des époux et des enfants (original de l’acte de naissance délivré dans les trois derniers mois, une copie de l’acte de mariage et le cas échéant du contrat de mariage, un original de l’acte de naissance des enfants et une copie du livret de famille).

 la déclaration sur l’honneur des époux portant sur l’exactitude de leurs ressources, revenus, patrimoine et condition de vie. En cas de déclaration inexacte, l’époux fautif s’engage à des sanctions civiles (dommages-intérêts) et pénales (infractions de faux ou d’escroquerie), et aux actions étudiées ci-après.
 l’état liquidatif notarié qui permettra de partager le patrimoine des époux, dès lors qu’il comporte un bien immobilier commun ou indivis soumis à publicité foncière
 l’état liquidatif non notarié en l’absence de bien commun ou indivis soumis à publicité foncière.
 le formulaire informant le mineur de son droit à être entendu. L’avocat pourra vérifier l’effectivité de la mention selon laquelle l’enfant mineur a été informé de la procédure et qu’il n’a pas souhaité être entendu par le juge. Précision étant donnée que l’âge du mineur n’a pas été fixé par le législateur, et qu’il s’apprécie en fonction de la maturité de l’enfant.
Dans le cas où l’enfant souhaite être entendu, la voie du divorce par consentement mutuel devra être écarté au profit d’un divorce judiciaire.
 l’accusé de réception prouvant l’envoi du projet de la convention de divorce à son client. Daté, cet accusé de réception aura aussi pour objectif de prouver le délai légal de réflexion de 15 jours dont bénéficient obligatoirement les époux entre l’envoi et la signature.
 la signature des parties : époux et avocats
 la mention de l’acte d’avocat .
En cas d’omission, il appartient au notaire désigné de refuser de procéder au dépôt de la convention au rang de ses minutes, en interpellant les avocats rédacteurs. En pratique, cela n’aura pour effet que de retarder la prise d’effet du divorce.


B- Les fondements empruntés au droit des contrats


Compte tenu de son caractère contractuel hybride (1) , les fondements invocables contre la convention de divorce peuvent être recherchés dans le droit des contrat et notamment dans le nouveau droit des obligations issu de la réforme du 10 février 2016 (2 et 3) qui a pour effet d’accroître l’obligation de conseil et d’information de l’avocat et du notaire (4).
1- Le caractère hybride de la convention de divorce
« Le caractère purement conventionnel du divorce par consentement mutuel rend applicable à celui-ci le sous-titre Ier du titre III du Livre III du code civil relatif au contrat. Toutefois, s’il emprunte au droit des contrats, il s’en détache en raison de son caractère familial »
Comme le relève la circulaire du 26 janvier 2017 présentant les nouvelles dispositions relatives au divorce par consentement mutuel, la qualification de la convention de divorce a un caractère hybride, à la fois emprunt de droit des contrats et de droit de la famille, ce qui soulèvera quelques difficultés pratiques.
2- La légalité du consentement des époux
Lors de la conclusion d’une convention, le consentement des cocontractants doit être libre et éclairé. Le consentement n’est pas libre s’il a été contraint par la violence. (2.1) Il n’est pas éclairé s’il a été donné par erreur (2.2.) ou surpris par dol.(2.3)

2.1. Le consentement libre des époux : la violence


 La violence doit être déterminante du consentement de l’époux
L’article 1130 du code civil prévoie que la violence peut constituer une cause de nullité du contrat. Pour ce faire, elle doit avoir été de telle nature que, sans elle, l’une des parties n’aurait pas contracté ou aurait contracté à des conditions substantiellement différentes.
 Les formes de la violence
Le texte précise qu’ « il y a violence lorsqu’une partie s’engage sous la pression d’une contrainte qui lui inspire la crainte d’exposer sa personne, sa fortune ou celles de ses proches à un mal considérable »
De longue date, la jurisprudence a déterminé que la menace de droit n’est pas une violence, sauf à ce qu’il y ait abus de droit. Menacer de demander le divorce ou de solliciter une prestation compensatoire n’est donc pas une forme de violence permettant de demander la nullité de la convention de divorceà sauf à avoir détourné cette possibilité pour obtenir un avantage excessif.
La violence économique, ou l’abus de l’état de dépendance peut également constituer une violence pour l’époux victime. Il s’agira évidemment d’un fondement récurrent de nullité tant les négociations entre époux dans leur histoire et leur intimité, avec parfois une cohabitation qui perdure donne le cadre d’accords dictés par l’un seul d’entre eux. Cette notion se rapproche de la négociation de bonne foi de l’article 1112 du code civil développée ci-après.


2.2. Le consentement éclairé des époux : le dol et l’erreur


 Le dol
Le dol est défini par l’article 1137 du code civil comme étant « le fait pour un cocontractant d’obtenir le consentement de l’autre par des manœuvres ou des mensonges […] ou la dissimulation intentionnelle par l’un des cocontractants d’une information dont il sait le caractère déterminant pour l’autre partie ».
Ces manœuvres, mensonges ou dissimulations peuvent émaner du cocontractant mais également d’un tiers de connivence.
Le plus souvent, il s’agira de la dissimulation par l’un des époux d’un ou plusieurs éléments de son patrimoine en France ou à l’étranger dont l’autre époux n’a pas connaissance, ce qui serait considéré comme un dol.
Là encore, cette notion vient d’être renforcée par celle de l’information déterminante consacrée en 2016 par l’article 1112-1 du code civil développée ci-après, et dont elle est très proche.
 L’erreur
L’article 1132 du code civil reconnaît que « l’erreur de droit ou de fait, à moins qu’elle ne soit inexcusable, est une cause de nullité du contrat lorsqu’elle porte sur les qualités essentielles de la prestation due ou sur celles du cocontractant. »
L’article 1134 précise quant à lui que « l’erreur sur les qualités essentielles du cocontractant n’est une cause de nullité que dans les contrats conclus en considération de la personne ». Il s’agit des contrats à fort intuitus personae.
En matière de convention de divorce, il est délicat d’appréhender la notion d’erreur.
L’erreur sur la prestation ne pourrait être constituée que par le fait pour l’un des époux de ne pas avoir réalisé qu’il s’agissait d’un divorce, mais seulement d’une séparation temporaire ce qui semble évidemment improbable.
L’on pourrait alors s’interroger sur l’appréciation de l’erreur sur la valeur. Un époux pourrait-il l’invoquer du fait de l’estimation inexacte du domicile conjugal cédé à l’autre époux par exemple ?
L’article 1136 vient limiter l’appréciation de l’erreur en considérant que l’erreur sur la valeur par laquelle, sans se tromper sur les qualités essentielles de la prestation, un cocontractant fait une appréciation économique inexacte ne constitue pas à elle seule une cause de nullité. Ce fondement est donc à écarter pour les demandes de nullité du divorce par consentement mutuel..

3- L’encadrement des pourparlers et l’obligation d’information entre les époux


Une des grandes nouveautés de la réforme du droit des obligations du 10 février 2016 a été d’encadrer les négociations du principe de bonne foi (3.1), et imposer aux cocontractants une obligation générale pré contractuelle d’information. (3.2).

3.1. Le principe de bonne foi lors des négociations
Aux termes de l’article 1112 du code civil, « l’initiative, le déroulement et la rupture des négociations précontractuelles sont libres. Ils doivent impérativement satisfaire aux exigences de la bonne foi. »
En cas de faute commise dans les négociations, la réparation du préjudice qui en résulte ne peut avoir pour objet de compenser la perte des avantages attendus du contrat non conclu ».
Cette disposition met en balance deux grands principes de notre droit des contrats : la liberté contractuelle (liberté de conclure un contrat) et la bonne foi ( la conscience d’agir sans léser les intérêts de son cocontractant).
Cet article traite prioritairement les cas dans lesquelles les négociations n’auront pas permis la signature du contrat visé. Pourtant, à notre sens, cet article peut trouver à s’appliquer dans le cas du contrat (ici de la convention de divorce) finalement conclu. Immanquablement, cette disposition fait écho à la notion de violence économique ou à l’abus de l’état de dépendance évoqués précédemment. Elle semble cependant largement l’assouplir : il suffirait désormais que l’un des époux ait su en menant les négociations qu’il lésait de manière excessive les intérêts de son conjoint. La preuve est moins difficile à rapporter et le changement de perspective est également intéressant. Désormais, c’est l’esprit de l’époux manipulateur qui devra être sondé pour vérifier ses intentions et sa conscience de la situation. Au contraire, dans la notion de violence, c’est la “victime” qui est au centre des débats. L’analyse judiciaire fondée sur l’article 1112 du code civil sera donc centrée sur le processus de négociation, la conduite des discussions par l’époux de mauvaise foi : mise en place de calendriers serrés dans les négociations, manipulations, contraintes pratiques quotidiennes, documents révélés tardivement etc. La liste peut être aussi longue que variée.

3.2. La nouvelle obligation précontractuelle d’information
Autre grand apport de la réforme, l’article 1112-1 du code civil a mis en place une obligation générale d’information entre les cocontractants.
Désormais, celle des parties qui connaît une information dont l’importance peut être déterminante pour le consentement de l’autre doit l’en informer, à condition que légitimement, cette dernière ignore cette information.
Le texte présume que les informations ayant un lien direct et nécessaire avec le contenu du contrat ou la qualité des parties ont une importance déterminante.
Adaptées à notre nouveau divorce par consentement mutuel, ces dispositions laissent entendre que les époux devront se livrer toutes les informations déterminantes du consentement de l’autre, sur le divorce et/ou ses conséquences.
A titre d’exemple, il pourrait s’agir d’informations relatives à la situation patrimoniale ou professionnelle de l’un des époux, telle que la perte d’un emploi ou la promesse d’une promotion.
Le législateur est venu limiter cette obligation d’information précontractuelle aux informations dont l’ignorance par l’autre époux serait légitime, ou lorsqu’elle serait justifiée par la confiance entre eux.
Se voulant à première vue protectrice du cocontractant – de l’époux – « faible », cette disposition vient en réalité inciter l’une comme l’autre des parties à avoir un rôle actif : être curieux, diligent, et faire preuve de raison avant de contracter.
L’époux n’ayant pas eu accès à l’information ne pourra pas automatiquement se prévaloir du défaut d’information. Il devra apporter la preuve de la légitimité de son ignorance, ou à défaut exposer les liens de confiance entre lui et l’autre partie.
Cette dernière possibilité semble prendre tout son sens en matière de divorce par consentement mutuel. La communauté d’intérêts entre deux époux, même si elle a pris fin, pourra sans aucun doute justifier parfois la confiance entre eux aux yeux du juge. Ces débats s’annoncent passionnants.

4. Le rôle de l’avocat dans le contrôle de la légalité du consentement des époux


Classiquement, l’avocat sera lui-même garant de l’équilibre contractuel et de la conformité à l’ordre public de la convention qu’il contresigne (4.1 et 4.2.). Il aura également des obligations tirées de son statut et de sa déontologie (4.3) auxquelles il ne pourra pas déroger.
4.1. L’équilibre contractuel du contrat
L’obligation de conseil de l’avocat l’oblige à être le garant d’un certain équilibre contractuel dans la convention de divorce. Pour autant, en sa qualité d’avocat négociateur, il aura surtout pour mission de favoriser son client auprès de son contradicteur.
La difficulté de positionnement aurait pu être réelle, dans la mesure où il est inhérent à toute négociation que le résultat soit inégal, ou si le contrat avait été assimilable à un contrat d’adhésion.
La circulaire du 26 janvier 2017 est venue tempérer son rôle, en écartant les dispositions du droit commun relatives aux clauses abusives et à la lésion.
Ainsi, il ne pourra par exemple pas être reproché à l’avocat d’avoir concouru à un partage inégal du patrimoine du couple, ni invoquer la neutralisation de certaines clauses « abusives » de la convention.
4.2. La conformité à l’ordre public
En vertu de l’article 1162 du code civil, le contrat ne peut déroger à l’ordre public ni par ses stipulations, ni par son but, que ce dernier ait été connu ou non par les parties.
Par exemple, convention de divorce ne pourra contenir une clause de renonciation à l’autorité parentale ou à l’obligation alimentaire (indisponible et non susceptible de renonciation).
En présence d’une telle clause, l’un ou l’autre des époux pourra agir en nullité de la clause, qui sera réputée non écrite.
L’avocat confronté à une clause fantaisiste devra s’y opposer dès la phrase de négociation. A titre d’illustration, il pourrait en être ainsi d’une clause portant sur la cession d’un organe entre les époux.
4.3. L’obligation de conseil et d’information de l’avocat

 L’information et la négociation
Dès la phase pré contractuelle, l’avocat doit être en mesure d’informer le client sur la procédure de divorce par consentement mutuel et d’en apprécier l’opportunité.
En outre, il doit faire le lien entre le conseil de l’époux adverse et son client dans la phase de négociation.
Il doit à ce titre amener son client sur un terrain favorable à la négociation, tout en travaillant à son profit exclusif auprès de la partie adverse. Il doit également être en mesure de l’informer sur la procédure et les difficultés liées à la négociation s’il y en a.
 Le délai de réflexion
Toujours dans la phase pré contractuelle, l’avocat devra s’assurer du consentement des parties a posteriori. Emprunté au droit de la consommation, ce mécanisme protectionniste lui impose d’adresser à son client le projet de convention de divorce par lettre recommandé avec avis de réception (article 229-4 du code civil)
Daté, l’avis de réception signé personnellement par chaque époux permettra de garantir qu’ils ont pu bénéficier d’un délai de réflexion de 15 jours avant la signature de la convention.
 Le rendez-vous de signature de la convention de divorce
Cette formalité vérificative a pour objectif de réunir les époux et leurs avocats respectifs dans un même lieu. Les avocats pourront alors exercer leurs devoirs de conseil et s’assurer du consentement des époux une dernière fois en revenant point par point sur la convention et les annexes. Aux termes de l’entretien, la convention et les annexes pourront être signés.
Ce n’est que par la suite que la convention pourra être envoyée au notaire missionné dans la convention. Il aura pour mission de contrôler la validité formelle de l’acte avant de le déposer au rang de ses minutes.

II – Les modalités de l’action en nullité

L’action en nullité de la convention de divorce s’inscrit dans un cadre procédural réglementé (A) dont les effets diffèrent selon les acteurs du divorce (B).

A- Le cadre procédural de l’action


Les époux ne sont pas les seuls titulaires de l’action en nullité de la convention (1). L’action intentée fondera la compétence de la juridiction et la prescription (2).

1- Les titulaires de l’action
Comme dans toute action en justice, le demandeur doit justifier d’un intérêt à agir en vertu de l’article 30 du code de procédure civile.
Sans surprise, l’un des époux ou les époux auront intérêt à agir dans leur propre intérêt : s’ils se sentent lésés par la convention ou si leur consentement a été vicié par exemple.
Les créanciers des époux pourront également se prévaloir d’un intérêt à l’action en nullité par le biais de l’action paulienne.
Précision étant donnée que l’action paulienne de l’article 1341-2 du code civil permet à un créancier de se retourner contre son débiteur, lequel a passé un acte en fraude de ses droits. En matière de divorce cela correspondrait souvent au cas de l’époux qui aurait abusivement réduit son patrimoine au profit de son ex-époux complice pour échapper à un créancier par la voie du divorce.

2- La compétence et la prescription
2.1. La compétence
Comme exposé plus haut, les époux pourront engager la nullité de leur convention de divorce sur le terrain du droit contractuel ou du droit de la famille.
Le législateur de 2017 n’a donné aucune précision sur le juge compétent selon que l’on engage l’une ou l’autre de ces actions.
L’on pourrait penser que le Tribunal de Grande Instance serait compétent en tant que juge du contrat. Mais des réserves sont à émettre. Compte tenu de la spécificité tenant au divorce et ses conséquences patrimoniales et personnelles, le juge aux affaires familiales pourrait être mieux placé pour juger du déséquilibre contractuel. La question n’a pas été tranchée.

2.2. La prescription de l’action
Concernant la prescription, faute de précision par les textes il est aisé de penser que la prescription contractuelle classique de 5 ans sera applicable pour toutes les actions en nullité résultant de la convention de divorce.
Précision étant donnée que l’article 1144 du code civil précise que le délai de l’action en nullité commencera à courir soit à compter du jour où le vice a été découvert, soit à compter du jour où il a cessé.
Pour l’action tirée de l’inobservation des mentions obligatoires, il semble légitime, en l’absence de précision, de considérer que la prescription de droit commun de cinq ans trouvera à s’appliquer dès le jour de signature de la convention.
Les parties pourront en disposer autrement. En effet, l’article 2254 fait de la prescription la chose des parties. Ainsi : « La durée de la prescription peut être abrégée ou allongée par accord des parties. Elle ne peut toutefois être réduite à moins d'un an ni étendue à plus de dix ans. »
Les parties pourront donc convenir d’une prescription dérogatoire d’un an, ce qui palliera à l’incertitude laissée par le silence du législateur en matière de prescription du divorce par consentement mutuel. Cette dérogation sera surtout source de sécurité juridique, bienvenue en la matière.
Ainsi, les parties pourront remettre en cause la convention de divorce dans un délai pouvant aller de 5 à 1 an, selon les dispositions contractuelles.


B- La portée de la remise en cause selon les acteurs du divorce


Tant les époux (1) que l’avocat (2) et le notaire (3) pourront se voir affecter par l’anéantissement de la convention de divorce, en voyant leur responsabilité engagée.

1- Les époux et les difficultés concrètes liées à l’anéantissement du contrat :
En principe, la nullité, qu’elle soit relative ou absolue entraîne l’anéantissement rétroactif de l’acte.
Faute de recul sur la question en matière de convention de divorce par consentement mutuel, il est difficile d’envisager que les époux soient remis dans la situation dans laquelle ils se trouvaient avant la conclusion du contrat : seraient-ils totalement mariés à nouveau ? Nous ne le croyons pas !
2- L’avocat
Compte tenu de son devoir de conseil et de maître d’orchestre dans ce nouveau divorce, sa responsabilité peut être engagée sur plusieurs fondements : sa faute civile (2.1) et déontologique (2.2.)

2.1. La faute civile de l’avocat
 La responsabilité civile de l’avocat de la partie adverse
L’un des époux pourrait engager la responsabilité de son propre avocat qui aurait selon lui participé à une entreprise ayant vicié son consentement ou entrainé la nullité de la convention.
Compte tenu de leurs relations contractuelles directes (contrat de mandat), la responsabilité contractuelle de l’avocat pourrait être engagée dans les conditions classiques précitées.
Pour autant, le demandeur devra apporter la preuve du manquement de l’avocat à ses obligations contractuelles. Précision étant donnée qu’il s’agit d’une obligation de moyens, c’est-à-dire dans laquelle le débiteur (ici l’avocat) s’engage à mobiliser toutes les ressources dont il dispose pour accomplir la prestation promise (ici le conseil et l’information) sans garantie de résultat.
En conséquence, la charge de la preuve de la responsabilité contractuelle de l’avocat sera plus lourde sur les épaules de l’époux, qui devra prouver l’existence d’une faute imputable à l’avocat.
Le juge compétent sera le juge civil, dans les mêmes conditions que la responsabilité civile classique.
 La responsabilité civile de l’avocat de la partie adverse
L’on pourrait facilement envisager le cas d’un époux engageant la responsabilité de l’avocat de la partie adverse, considérant que ce dernier aurait participé au vice du consentement.
Compte tenu du rôle et des prérogatives professionnelles inhérentes à la profession d’avocat, la question est difficilement dénouable. En effet, deux intérêts s’opposent : le secret professionnel de l’avocat et la courtoisie, la transparence et le devoir de conseil de l’avocat.
En réalité, l’avocat n’a ces obligations qu’à l’égard de son client, voire ses confrères. Ainsi, il semble difficilement envisageable d’engager sa responsabilité civile sur ce fondement.

2.2. La faute déontologique de l’avocat
> Le principe de la responsabilité
La déontologie de l’avocat lui impose dans le cadre de son activité à un devoir de conseil, d’information et de prudence (article 1.3 et 1.5 du règlement intérieur normalisé).
Le décret du 12 juillet 2005 relatif aux règles de déontologie des avocats précise en son article 9 qu’il doit s’assurer de la validité et de l’efficacité des actes juridiques. Pour ce faire, il doit recueillir toutes les informations nécessaires pour garantir leur fiabilité et leur efficacité dans l’intérêt de son client.
En conséquence, la responsabilité déontologique de l’avocat pourra être retenue en cas de manquement à ces obligations.
 La procédure disciplinaire
Le client ( l’époux dans notre cas) pourra saisir le bâtonnier de l’ordre des avocats auquel est rattaché l’avocat afin que soit prononcée une sanction disciplinaire à son encontre, si la faute est avérée.
Les peines encourues sont les suivantes : avertissement, blâme, suspension temporaire d’exercice, radiation du barreau.

3- Le notaire

 Le principe de la responsabilité du notaire
Soumis à une déontologie semblable à celle de la profession d’avocat, le notaire a également une obligation de conseil et d’information. En vertu de l’article 32 du dahir du 4 mai 1925, « les manquements commis par les notaires aux règles établies par le présent dahir et au devoir général qui s’impose à eux de ne compromettre en aucun cas, par leur conduite publique ou privée, la dignité de leurs fonctions et la confiance qu’ils doivent inspirer, les rendent passibles des peines disciplinaires ».
Compte tenu de sa qualité d’officier ministériel investi d’une mission d’autorité publique, la jurisprudence rappelle régulièrement que son devoir est absolu, contrairement à l’avocat.
 La responsabilité délictuelle
Ainsi, il sera possible d’engager sa responsabilité délictuelle pour manquement à son obligation déontologique de conseil, devant le juge civil.
Pour ce faire, il faudra réunir les conditions de la responsabilité civile : une faute ayant entraîné un dommage. Précision étant donnée que la jurisprudence apprécie la notion de faute de manière sévère. Ainsi, « le bon notaire » doit être avisé, compétent et méfiant (Cour d’appel de Lyon, 31 mai 2001 décision n°01-144758).
 La responsabilité déontologique
Il sera également possible de solliciter une sanction disciplinaire devant la chambre de discipline (article 6 de l’ordonnance du 28 juin 1945) à l’initiative de toute partie intéressée.

On ne peut douter de l’objectif louable et substanciellement atteint du nouveau divorce par consentement mutuel : désengorger les tribunaux, amoindrir les coûts et la durée de la procédure, miser sur une bonne entente entre les parties …
Nous manquons encore de recul pour dresser un bilan totalement pertinent. Toutefois, il est d’ores et déjà possible de déplorer le silence de la nouvelle loi sur de nombreux aspects importants du contentieux post divorce. Dans ces conditions, il est important de mettre en garde les époux sur le choix de leurs avocats, au risque de voir leur divorce remis en cause, ce qui serait source d’insécurité juridique.
« Chassez le juge, il revient au galop ! »

Auteur : Nicolas Graftieaux